Chers abonnés, pour des raisons techniques, je ne put publier pour l’heure la suite des articles sur le SIGB ABCD. En attendant je nous propose de réfléchir sur l’avenir de nos bibliothèques et partant de notre métier avec l’arrivée et la vulgarisation d’internet.
Dans ce premier billet d’une longue série d’articles sur ce sujet, je nous propose un intéressant article que j’ai lu. Il est extrait du chapitre 6.4 " l’avenir des bibliothèques avec Internet" du livre de Marie Lebert intitulé "De l’imprimerie à Internet" (1999)
"Dans ce monde bouleversé à la fois par les possibilités documentaires sans précédent qu’offre Internet et par le développement vertigineux des cyberbibliothèques, que vont devenir les bibliothécaires et les documentalistes? Vont-ils devenir des cyberthécaires, nouvelle génération de bibliothécaires spécialistes du multimédia, ou bien vont-ils progressivement disparaître parce que les usagers n’auront tout simplement plus besoin d’eux lorsque tous les documents seront disponibles en ligne?
Dans Digital Literacy (New York, Wiley, 1997), Paul Gilster assure que ce sont les bibliothécaires et non les programmeurs qui seront la clé du développement des cyberbibliothèques et d’Internet. Surpris par le pessimisme qui a saisi les bibliothécaires devant les changements affectant leur profession, il pense que celui-ci est sans fondement. D’après lui, Internet n’est pas plus une menace pour les livres que l’avion n’était une menace pour la voiture. Le livre "physique" gardera son utilité pendant qu’Internet se développera, et les deux supports seront en quelque sorte des voies parallèles avec des fonctions différentes.
Cependant, au moins dans le domaine des bibliothèques spécialisées, on ne voit maintenant plus guère l’utilité d’aligner des documents sur les rayons, alors qu’il est tellement plus pratique de les scanner pour pouvoir les stocker sur un disque dur, les communiquer par voie électronique et les imprimer seulement à la demande. Nous sommes en pleine période de transition.
Par contre, les bibliothèques publiques auront probablement une durée de vie plus longue. On ne va pas lire sur écran cinq cents pages d’un roman de Zola ou de Proust. Mais c’est sans doute aussi une question de génération. Les enfants qui jouent avec l’ordinateur dès l’âge de trois ans ne verront peut-être aucun problème à lire les oeuvres de Zola ou de Proust à l’écran. Il est vrai que, pour le moment, emporter son ordinateur pour lire au coin du feu ou dans son lit est beaucoup moins pratique que d’avoir son livre de poche, même quand il s’agit d’un portable, mais les ordinateurs portables deviennent de plus en plus compacts et légers, et la qualité des écrans s’améliore chaque année. De plus, dès cette année, les livres électroniques, petits ordinateurs de la taille d’un livre, seront disponibles sur le marché et permettront de lire et stocker une dizaine d’oeuvres, chiffre qui devrait augmenter rapidement. Il faudra toutefois attendre quelque temps pour que leur prix soit à la portée de toutes les bourses.
Quant aux bibliothèques nationales et aux grandes bibliothèques, elles auront toujours à préserver le patrimoine pluricentenaire constitué par les manuscrits, les incunables et les livres imprimés, les collections de journaux, les partitions musicales, les gravures, les images, les photos, les films, les documents électroniques, etc., qui se sont accumulés sur leurs rayons, en partie grâce au dépôt légal.
Comme on a déjà vu apparaître les discothèques, les vidéothèques et les médiathèques il y a quelques années, on assistera certainement à l’apparition d’un nouveau type de bibliothèque et à une nouvelle génération de professionnels de la documentation. Le premier site web de bibliothèque – celui de la Bibliothèque publique d’Helsinki (Finlande) – ne date jamais que de février 1994. On ne fait qu’amorcer un virage, et l’avenir est encore flou.
Le métier de bibliothécaire, qui s’est beaucoup transformé avec l’apparition de l’informatique, va continuer de se transformer avec l’apport d’Internet.
L’informatique a déjà permis au bibliothécaire de ne plus passer des heures à classer manuellement ses fiches dans de multiples tiroirs en bois. Elle lui a permis de remplacer ces énormes catalogues sur fiches par des catalogues informatiques consultables à l’écran, avec un classement alphabétique ou systématique effectué non plus par lui-même mais par la machine. Elle a permis aussi le prêt informatisé et la gestion informatisée des commandes, faisant disparaître l’impressionnant stock de fiches et bordereaux nécessaires lors des opérations manuelles.
L’informatique en réseau a fait naître ensuite les catalogues collectifs permettant de regrouper dans une même base de données les catalogues de bibliothèques de la même région, du même pays ou de la même spécialité, entraînant du même coup des services très facilités pour le prêt interbibliothèques et le regroupement des commandes auprès de fournisseurs.
Puis un certain nombre de bibliothèques ont ouvert un serveur Minitel pour la consultation de leur catalogue, désormais disponible au domicile du lecteur. Progressivement, ces catalogues deviennent disponibles sur Internet, avec une consultation plus souple et plus attractive que sur Minitel. A long terme, on pourra également disposer des documents eux-mêmes en version électronique, et pas seulement de leurs références.
Les serveurs web de bibliothèques proposent aussi d’autres services tels que renseignements à distance, cyberbibliothèques ou liens hypertextes avec d’autres sites, ce qui évite à leurs usagers de se perdre dans la Toile.
Par la suite, pour des recherches pointues, les usagers auront certainement besoin d’avoir recours à un cyberthécaire en ligne, un peu comme un fournisseur de matériel ou de programmes informatiques met un service d’aide en ligne à la disposition de ses clients.
Comme le précisait Peter Raggett, sous-directeur de la Bibliothèque centrale de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE, Paris), dans son courrier électronique du 18 juin 1998, "les responsables de l’information ont un grand rôle à jouer dans la recherche et l’organisation de l’information sur Internet". Lui-même a sélectionné plusieurs centaines de sites pour en favoriser l’accès à partir de l’Intranet de l’OCDE, et cette sélection fait partie du "bureau de référence virtuel" proposé par la bibliothèque à l’ensemble du personnel de l’Organisation. "Outre les liens, ce bureau de référence virtuel contient des pages de références aux articles, monographies et sites web correspondant aux différents projets de recherche en cours à l’OCDE, l’accès en réseau aux CD-ROM, et une liste mensuelle des nouveaux titres. Le catalogue de la bibliothèque sera bientôt lui aussi disponible sur l’Intranet."
Peter Raggett prévoit "une forte expansion d’Internet pour l’éducation et la recherche. Les bibliothèques seront amenées à créer des bibliothèques virtuelles permettant à un étudiant de suivre un cours géré par une institution à l’autre bout du monde." La tâche du bibliothécaire sera de filtrer les informations pour le public. "Je me vois devenir de plus en plus un bibliothécaire virtuel, dit-il. Mes clients ne me rencontreront peut-être pas mais ils me contacteront par e-mail ou par téléphone ou par télécopieur, j’effectuerai la recherche et je leur enverrai les résultats électroniquement." "
A vous pour les commentaires !
Consultable en ligne: http://www.etudes-francaises.net/entretiens/printfr06.htm#64
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